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Familles recomposées Comment «revivre» en paix ?

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Assurer à son enfant une bonne ambiance familiale et une bonne éducation est un défi auquel tous les parents sont confrontés au quotidien. Mais pour ceux qui se séparent, puis décident de se remarier avec une autre personne, le challenge est encore plus difficile à relever.

Quand les enfants sont adolescents ou jeunes adultes, accepter le conjoint du parent devient compliqué.

Après un premier mariage raté, beaucoup de parents décident de reconstruire un nouveau couple sur des bases saines et sereines. Seulement, ce n’est pas toujours facile de faire comprendre ceci aux enfants. L’enfant a besoin de temps pour accepter de créer un lien avec un adulte, surtout lorsqu’il s’agit du conjoint de l’un de ses parents. Avant d’accueillir celui-ci à la maison à plein temps, il faut en parler longuement avec lui : qu’en pense-t-il ? Quels sont ses a priori ? Ses inquiétudes ? S’il n’a pas à décider de la vie privée de ses parents, il est concerné par les changements familiaux. Et ses sentiments (appréhension, rejet…) doivent être écoutés. La rencontre avec le nouveau conjoint ne doit jamais être le fruit d’un «hasard arrangé».

Elle doit être assumée et revêtir un côté officiel, car elle permet la conclusion de discussions et trace un nouveau cadre pour l’enfant. Il va de soi que le choix des circonstances doit mettre tout le monde à l’aise (repas, sorties…), à commencer par le futur beau-parent, car c’est d’abord de lui que dépendra l’envie de l’enfant de s’investir dans cette nouvelle relation. L’enfant ne doit pas se sentir obligé de l’accepter immédiatement en tant que beau-parent. Il vaut mieux éviter de le questionner sur sa première impression. Il faut laisser à l’enfant l’espace et le temps pour développer un rapport d’individu à individu avec son futur beau-parent. «La question est comment s’y adapter et les enfants ont de grandes capacités d’adaptation surtout quand ils sont encore jeunes.

Quand les enfants sont adolescents ou jeunes adultes, c’est plus complexe. Quand les enfants ont une bonne relation antérieure avec leur parent biologique ils sont attentifs à son bonheur et malgré la jalousie qu’ils peuvent éprouver envers le nouvel élu(e) ou des enfants éventuels de celui-ci (celle-ci) ils adoptent rapidement la nouvelle famille à condition toutefois que soient garanties l’attention qui leur était portée et la stabilité affective», explique Ghizlane Benjelloun, pédopsychiatre.  
Le comportement des parents doit être différent selon l’âge des enfants. Si, la belle-mère doit par exemple s’occuper d’un bébé, elle doit suivre les conseils de la maman, comme nourrice. Entre l’âge de 2 et 5 ans, l’attachement est facile si le beau-parent sait garder sa place. Il adopte un rôle proche de celui d’un oncle, d’un parrain…

À l’adolescence, il est important de se montrer ferme concernant les règles de vie et ne pas subir la tyrannie des ados.  C’est à l’âge de 12 à 15 ans (l’adolescence) que la belle-mère ou le beau-père rencontre le plus de difficultés, car l’enfant est confronté à plusieurs situations telles que le passage à l’adulte, le problème d’identité, le besoin de règles pour construire sa personnalité... L’enfant essaiera toujours de séparer le nouveau couple, car il considère qu’il est la cause de tous ces problèmes.

Pour tisser des liens avec les enfants, il faut essayer de trouver des activités familiales qui fédèrent tout le monde. Évidemment, il y aura toujours des accrochages, des disputes, mais le fait de vouloir créer une ambiance familiale ne peut être que bénéfique. Ces moments doivent être partagés aussi souvent que possible pour créer un esprit de famille... recomposée. Partager les plaisirs pour mieux se construire une histoire familiale, apprendre à être ensemble pour mieux se connaître. Des solutions aux relations parfois un peu rugueuses, sont à la portée de tous.


Explications: Ghizlane Benjelloun, pédopsychiatre

«Il ne faut jamais annoncer le mariage à son enfant en s’excusant»

Comment faut-il annoncer le mariage d’un parent à l’enfant pour la première fois ?
Plusieurs règles importantes, mais pas pour tous : en respectant l’âge, le niveau de développement et de maturation des enfants. C’est une annonce angoissante pour le parent qui se remarie à plus d’un niveau. Je commencerai par les erreurs à éviter : demander la permission de l’enfant pour se remarier, demander à l’enfant de participer au choix du futur partenaire, lui demander de dire «papa» ou «maman» au nouveau parent «beau-parent» sans qu’il en exprime le désir, laisser l’autre parent annoncer, lui apprendre la nouvelle en s’excusant, se marier d’abord et annoncer ensuite... Il est normal et heureux pour un parent qui a connu un divorce ou plusieurs de désirer refonder une famille avec un nouveau partenaire. Il est, par contre, important de respecter un délai après le divorce pour permettre aux enfants de faire le deuil du couple parental avant d’annoncer un remariage. Présenter le futur parent doit se faire sans mensonges ni manipulation et plus les messages sont clairs, moins l’enfant est perdu ou confus. Le nouveau conjoint ne va pas se substituer au parent biologique même s’il va, par la suite, occuper la place du parent et assumer de nouvelles responsabilités en termes d’éducation, de soins et d’affection. Il faut éviter de comparer ou de forcer la relation.

La stabilité et la continuité des nouveaux repères dans le temps sont le meilleur garant de la réussite de cette nouvelle famille.

Pourquoi les relations dans une famille recomposée sont-elles généralement difficiles ?
Ce n’est pas un fait, il n’y a pas de statistiques ou d’évaluation faite dans ce sens. Il arrive par contre trop souvent que les parents communiquent mal, manipulent ou sous-estiment les attentes et les capacités de compréhension de leurs enfants ce qui peut générer de la négligence et conduire à des comportements d’opposition qui cachent bien la revendication affective.

Si les deux nouveaux parents ont des enfants, comment peut-ont éviter les conflits ?
En respectant la place de chacun et en étant attentifs aux signes de souffrance ou de colère. Il s’agit pour les nouveaux parents d’être naturels et non pas de jouer un rôle imposé pour plaire à son nouvel époux(se). Les enfants comprennent bien l’hypocrisie et reconnaissent vite les élans d’affection et d’attention sincères et authentiques.

Est-ce que le sexe de l’enfant a un rapport avec la complexité des relations ?
Oui, surtout si l’un ou plusieurs des enfants sont en phase œdipienne ou si le nouveau couple a un enfant. Il s’agit de repérer et de respecter les phases de développement psycho-affectif dans lequel se trouvent les enfants à ce moment pour pouvoir l’accompagner.
Témoignage: Kamal 40 ans, père de Salwa, 6 ans

«Comment lui annoncer que je me remarie avec une autre femme?»

«Cela fait plus de quatre ans que je me suis séparée de mon ex-épouse. Aujourd’hui, je crois que j’ai finalement trouvé l’âme sœur, la femme avec qui je compte continuer ma vie. Seulement, j’ai un petit problème. Comment faire comprendre ceci à ma fille qui n’a que six ans ? Elle est trop attachée à sa mère et se demande tout le temps pourquoi nous ne vivons pas ensemble comme c’est le cas pour les parents de ses camarades. J’ai toujours eu du mal à lui faire comprendre qu’entre sa mère et moi c’est fini et que nous avons décidé de nous séparer pour que chacun puisse refaire sa vie loin de l’autre. Maintenant, je ne sais pas comment lui annoncer que je souhaite me remarier avec une autre femme. J’ignore quelle sera sa réaction quand elle l’apprendra. Je ne veux surtout pas la choquer. Je ferai de mon mieux pour la préparer au jour du mariage et à notre vie après le mariage, je vais la rassurer, lui expliquer que ma future épouse ne prendra jamais la place de sa mère. J’espère seulement que tout se passera bien»


la Fratrie recomposée

Dans toutes les familles, les enfants peuvent avoir ou pas des affinités avec leurs frères et sœurs. Inutile alors de demander à ceux issus de familles recomposées d’en faire plus. Dans ce cas, l’enfant a plusieurs difficultés à surmonter. Il va premièrement devoir partager son parent avec d’autres enfants. Il peut avoir peur d’être moins aimé et cette crainte alimente rivalités et jalousie. À l’affût de l’amour de son parent biologique, il traquera les moindres traces de favoritisme envers un autre enfant. Il faut donc à tout prix éviter les comparaisons.
Par ailleurs, il faut savoir partager l’espace. Souvent, l’un veut regarder la télé, l’autre écouter de la musique. L’un veut faire ses devoirs au calme, l’autre préfère jouer avec ses camarades dans l’appartement... Ces disputes qui se produisent dans n’importe quelle famille peuvent être vécues plus douloureusement par les enfants des familles recomposées, incertains quant à la place qu’ils occupent. De même, le garçon ou la fillette peut avoir du mal à partager une même chambre, des jouets avec ses demi-frères ou sœurs. Mais généralement, plus l’enfant est jeune, plus il s’adapte rapidement à sa nouvelle fratrie.

CONSEILS
  • Le premier facteur de réussite, c’est le couple. Il faut que les enfants ressentent la solidité du nouveau couple formé. Cette assise sera interprétée comme un élément de stabilité dont les enfants ont d’autant plus besoin que le divorce de leurs parents naturels aura été mal vécu.
  • Le respect des territoires affectifs de chacun est donc essentiel. Même si cela ne fait pas plaisir, il est indispensable de respecter les manières de voir de l’enfant tout en travaillant progressivement à leur transformation.
  • Installer à la maison une charte de bonne conduite permet d’établir des règles qui doivent s’appliquer à tous les membres de la famille recomposée.
  • Dernière règle d’or, partager ! Recomposée ou pas, la famille se vit au quotidien autour des repas, d’une sortie au cinéma, d’une promenade en ville ou en forêt, d’une visite de parc d’attractions…

                                                                              Publié le : 29 Novembre 2012 - Hajjar El Haiti, LE MATIN        

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