Comment gérer le grand passage

TÉMOIGNAGE
«AÏE, IL ENTRE AU COLLÈGE !»
«J’avoue ne pas être très rassurée par cette nouvelle année scolaire. Mon fils, Imad, 12 ans, entre au collège : changement d’établissement, de façon de travailler, d’amis... Il quitte le cocon rassurant de l’école primaire. Mon mari voulait que je l’inscrive au collège privé qui se rattache à son ancienne école primaire pour qu’il reste avec ses amis et qu’il conserve le même style de travail. Cependant, j’ai pensé qu’au collège public, il pourrait apprendre plus de choses, être autonome, devenir plus responsable… une idée qui avait l’air de lui plaire. Il est vrai qu’il regrette ses amis d’enfances, mais il se montre enthousiaste à l’idée de relever un nouveau défi dans sa vie et tenter la grande aventure du public. Mais je ne sais pas comment bien l’accompagner ? J’ai peur qu’il sente que je suis stressée. Et j’ai surtout peur qu’il fasse de mauvaises fréquentations et qu’il ne réussisse pas à s’adapter.
AMINA, 38 ANS, • maman d’Imad, 12 ans.
Imad a douze ans. Il a réussi avec succès son examen de 6e année primaire. Cette année, il entre au collège: nouvel établissement, nouveaux amis, nouveau programme et surtout nouveau train de vie. Pour Imad, c’est la grande aventure. C’est aussi une véritable révolution sur le plan de l’organisation. Ce changement coïncide avec le début de l’adolescence. Malgré son appréhension, Imad est enthousiaste à l’idée de goûter un peu à la liberté que promet le collège, surtout que ses parents ont opté pour une scolarisation publique et ont décidé que Imad ne poursuive pas ses études dans l’enceinte se rattachant à son école primaire. Pour Imad, le collège signifie plusieurs professeurs, des classes différentes, un emploi du temps variable, des bulletins trimestriels… le fonctionnement du collège est, en effet, très différent de celui de l’école primaire. A cela s’ajoute la peur de se perdre dans les couloirs et d’être séparé de ses amis. D’un univers où il était encore très encadré, il va devoir apprendre à s’organiser et à gérer son autonomie. Changement de décor et de corps. Le collège marque en effet le début de la préadolescence. Les années collèges commencent et, avec elles, c’est un véritable bouleversement physiologique et psychologique qui se met en marche. Et avec ce bouleversement physique et psychique vient le temps des premières amourettes, mais aussi les premières tentations : cigarette, école buissonnière... Pour les parents, c’est une autre histoire. Leur petit enfant est en train de grandir à une vitesse «grand V» et aujourd’hui, il prend son envol. Du coup, c’est la grande panique.
En accompagnant l’enfant au collège du quartier pour découvrir les lieux et jeter un coup d’œil sur l’emploi du temps. Que de changements… Souvent, l’inquiétude monte chez la maman, cela se voit d’ailleurs très vite. Et souvent, c’est l’enfant qui va la rassurer! Pour la simple raison qu’il n’a pas envie de la voir angoisser au point de décider à l’accompagner jusqu’au portail de l’établissement. C’est connu, les enfants à cet âge ont envie d’avoir les parents un peu plus à distance. Alors parents, il faut vous y faire. L’enfant va bientôt faire ses premiers pas en tant qu’adolescent, avec tout ce que cela implique: revendication d’autonomie, phase d’opposition, etc. Les parents craignent également que leurs enfants fassent de mauvaises fréquentations et, parallèlement, la pression de la réussite scolaire de leur progéniture augmente aussi. C’est à la fin des années du collège que va se décider sa véritable orientation scolaire qui permettra de décider plus tard, de sa carrière professionnelle. Comme pour la maternelle et l’école primaire, un repérage des lieux avant la rentrée contribue à rassurer l’enfant. Si, à la vue des longs couloirs, des multiples étages et des nombreuses classes, il exprime la crainte de se perdre, les parents doivent le rassurer en lui rappelant qu’il ne sera pas seul dans sa classe et que tous ses camarades seront dans la même situation de nouveauté et d’inconnu.
Ensuite, il faut l’aider à s’organiser. Sans tout faire à sa place, il faut être à ses côtés pour l’épauler dans cette nouvelle organisation.
La rentrée au collège est souvent source d’angoisse pour les jeunes adolescents, mais aussi pour leurs parents.
Changement de vie
- Contrairement à l’école primaire, où l’enfant est très accompagné par ses parents et ses enseignants, au collège, il bénéficie d’une certaine liberté et d’autonomie.
Plus de contrôle
- Les spécialistes s’accordent à dire que l’entrée au collège exige plus de vigilance et de contrôle de la part des parents. Livré à lui-même, l’enfant est facilement influençable, c’est la raison pour laquelle les parents doivent garder un œil sur lui.
Préadolescence
Les prémices de l’adolescence semblent s’installer dès l’âge de 9/12 ans. Ces futurs adolescents, symbole d’une nouvelle génération, s’illustrent par un style vestimentaire, un mode de vie, des codes culturels spécifiques... Réclamant très tôt leur désir d’autonomie et d’indépendance, ces jeunes se confrontent précocement à la génération de leurs parents. Les conflits familiaux apparaissent alors.
Instables émotionnellement, très attachés à leur image, arbitraires, ces jeunes à peine, ou même pas encore, pubères s’amusent à solliciter un statut de futurs adultes et terrorisent les parents qui ne savent pas comment gérer les crises de leurs enfants et semblent perdre le pouvoir devant leur ténacité. La bonne nouvelle, c’est qu’il ne s’agit que d’une phase qui finit par disparaitre. La mauvaise nouvelle: c’est une étape décisive dans la construction psychologique de l’enfant. Alors si elle n’est pas bien vécue par celui-ci, elle risque d’avoir des conséquences négatives sur sa vie d’adulte.
Conseils
«Les parents jouent un rôle essentiel lors de cette étape»
FATIMA EL KETTANI
Psychologue, spécialiste des problèmes familiaux Que représente le passage du primaire au collège pour un enfant ? L’entrée au collège représente une étape importante dans la vie de l’enfant. Car mis à part le développement scolaire, cette étape marque aussi le passage de l’enfant à l’âge de l’adolescence. Cela implique donc un changement physique et moral et l’enfant se prend déjà pour un adulte. Pour lui, le collège est synonyme de liberté. Malgré son appréhension, il est en général enthousiaste à l’idée de franchir ce pas qui, selon lui, le propulse au rang des adultes. De ce fait, ses habitudes peuvent changer, mais également son comportement et sa manière de se tenir et de parler. Quel est le rôle des parents dans cette phase ? Les parents jouent un rôle essentiel lors de cette étape. Ils doivent se montrer extrêmement proches de leurs enfants. La vigilance et le contrôle sont de rigueur. En effet, les parents doivent se déplacer souvent au collège, pour se renseigner auprès de la direction et des professeurs sur le comportement de l’enfant, ses absences, ses progrès scolaires, ses amis… Même si cela risque de ne pas lui plaire, ils doivent se dire que c’est un devoir et non de «l’espionnage». Les parents sont également censés instaurer, avec leur progéniture, un climat de confiance, de discussion et de compréhension, sans pour autant omettre d’établir certaines règles de conduite, assez strictes, comme l’heure de retour à la maison, l’heure du coucher… Quels sont les dangers auxquels s’exposent les enfants au collège ? Le risque le plus important est la mauvaise fréquentation. En effet, au collège, les enfants peuvent faire de nouvelles rencontres qui peuvent être «négativement» influentes. Il y a donc risque que l’enfant se mette à fumer, à se droguer, à s’absenter... ses notes peuvent baisser et son comportement peut changer également, comme je l’ai déjà mentionné. C’est pourquoi j’insiste sur la vigilance des parents. Cependant, les enseignants ont également un rôle à jouer pour que l’enfant passe cette étape dans les meilleures conditions. Ces derniers doivent s’abstenir de se montrer violents envers les jeunes adolescents, car la violence engendre la violence. Il est donc préférable de créer une ambiance basée sur la compréhension et le respect.
H. SAKHI